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Les Bois-Brûlés de l’Outaouais

 
Lettre d’appui pour la commémoration du soldat Patrick Riel PDF Imprimer Envoyer

Department of Law and Legal Studies

Carleton University

 

Communauté Métis Autochtone de Maniwaki
a/s Pierrette L’Heureux, secrétaire
270, rue Notre-Dame
Maniwaki, QC
J9E 2J8

 

Objet : Lettre d’appui pour la commémoration du soldat Patrick Riel

(Télécharger et voir l'original de cette lettre en format PDF en cliquand ici)


Madame Pierrette L’Heureux,


Cette lettre a pour objectif de soutenir vos efforts visant la commémoration d’un illustre citoyen de Maniwaki : le soldat métis Patrick Riel.


En guise d’introduction, nous aimerions souligner que nos travaux académiques en cours démontrent de façon convaincante que Maniwaki est un centre important pour la culture « métisse canadienne-française », selon le terme utilisé par le célèbre Louis Riel, qui d’ailleurs prit refuge dans votre région durant son exil dans les années 1870. La région de Maniwaki est historiquement partie prenante de la culture des voyageurs de la fourrure et des Métis qui voyageaient entre l’Outaouais et le Nord-Ouest du pays. Elle demeurera au fil des années un port d’attache significatif pour plusieurs familles métisses qui y puisent leurs origines, formant une communauté historique de type régional que nous retrouvons décrite par les missionnaires de passage au milieu du 19e siècle, et plus tard par le père oblat Étienne Guinard, ou encore les différents agents locaux travaillant pour les Affaires indiennes à Maniwaki.


Parmi les plus illustres familles métisses de Maniwaki, nous retrouvons celle d’un héros de la Grande Guerre (1914-1918) : le soldat Patrick Riel (no. 1295). Les faits d’armes du soldat Patrick Riel demeurent en effet célébrés jusqu’à ce jour par le Ministère des anciens Combattants du Canada. Son nom est d’ailleurs gravé sur le monument des vétérans métis à Batoche, en Saskatchewan.

Pourtant, peu se souviennent que le soldat Patrick Riel est natif de la région de l’Outaouais. Patrick Riel est en effet issu d’une famille métisse des environs de Maniwaki. Plus précisément, la père de Patrick, le Métis Joseph Riel du lac Sainte-Marie (fils d’Émilien et de la Métisse Henriette McDougall), épousera en seconde noce Louisa Latendresse à Maniwaki en 1873. Habitant alors le village d’Old Chelsea, Louisa Latendresse y donna naissance à Patrick Riel le 17 mars 1876. Patrick Riel prendra plus tard une épouse algonquine, en se mariant au dépôt de Baskatong en 1895 avec Menonik (Véronique) Jako, la fille de Clément Jako et Angélique Kaponoci. Patrick Riel et Menonik Jako donnèrent naissance à au moins quatre enfants entre 1896 et 1907. Au moins deux de ces filles lui survécurent, Catherine Riel mariant un Algonquin du nom de William Odjik, et Geneviève Riel mariant le Métis Joseph Lacroix.


Devenu veuf en mars 1907, Patrick Riel quitta la région à une date indéterminée, pour aboutir dans la région de Thunder Bay (Ontario) où il devint contremaître dans les chantiers de bûcherons. C’est à cet endroit que Patrick Riel s’est enrôlé au centre de recrutement afin de combattre pour le Canada au début de la Grande Guerre. Réputé comme un excellent voyageur et chasseur, le soldat Patrick Riel s’enrôla dans le 90e Winnipeg Rifles, pour aller combattre les Allemands. Il suivit en cela de nombreux Autochtones qui n’hésitèrent pas à s’enrôler pour aller combattre l’ennemi commun de leur nation et du Canada.


Après sa mobilisation à Valcartier, et un bref entraînement en Angleterre, le bataillon de Patrick Riel subira de lourdes pertes en Belgique, où la moitié des hommes seront décimés par l’usage de gaz par les Allemands. Malgré tout, le soldat Patrick Riel devint l’un des meilleurs tireurs d’élite de la force expéditionnaire canadienne, avec une trentaine d’ennemis tués au combat. Le soldat Patrick Riel de Maniwaki sera décrit par plusieurs journaux de l’époque qui font état de ses prouesses militaires et de sa parenté avec le célèbre Louis Riel, une parenté plutôt symbolique et particulièrement notoire dans la région de Maniwaki. Le nom que porte Patrick Riel lui vaut même l’éloge d’avoir racheté par son courage et ses exploits la réputation ternie du leader Louis Riel exécuté pour haute trahison en 1885. Suivant la mort d’un de ses compagnons, un autre Métis nommé Mcdonald, Patrick Riel jura de venger son ami. C’est en poursuivant cette mission que le soldat Patrick Riel sera tué par un éclat d’obus, en France, pour ensuite être enterré en Belgique, loin de la paisible rivière Gatineau qui l’a vu grandir. Enfin, son testament atteste du fait qu’il légua tout ce qu’il possédait à sa fille Catherine qui n’était pas encore mariée au moment de son décès.


À la lumière de ces faits historiques, nous supportons avec enthousiasme tout projet futur visant à commémorer la mémoire du soldat métis Patrick Riel. Nous croyons que la population de Maniwaki a raison d’être fière de la mémoire de ce héros de la Grande Guerre. Non seulement par ses exploits militaires, mais aussi par son histoire familiale, le soldat Patrick Riel exemplifie le patrimoine de la communauté de Maniwaki issue d’ancêtres canadiens, métis et algonquins forts et courageux qui ont su vivre et grandir ensemble. Les faits d’armes du soldat Patrick Riel qui font l’admiration du Canada en sont une démonstration éclatante.

En espérant ces renseignements utiles, Madame L’Heureux, nous vous prions d’accepter nos salutations les plus distinguées,


Sébastien Malette, Ph.D.
Professeur adjoint
Département de droit et d’études légales
Room C473 Loeb Building
Carleton University
1125 Colonel By Drive
Ottawa, ON K1S 5B6
Canada
613.520.2600 Ext.3681


Guillaume Marcotte, B.A.
Candidat à la maîtrise ès arts
Études canadiennes
Université de Saint-Boniface / University of Manitoba
200, avenue de la Cathédrale
Winnipeg, MB
R2H 0H7